La composition

La composition d'une image est la façon dont le photographe la conçoit : elle dépend de la vision de "l'artiste", de sa sensibilité, de son humeur, de ses connaissances techniques en la matière et du matériel photographique.

Autant dire que les variables sont aussi nombreuses que subjectives puisque la plupart dépend de l'humain : c'est ce que l'on appelera le "style" ou la "patte" du photographe. Pour les autres variables elles sont purement techniques car elles découlent de règles établies ou de possibilités/contraintes données par le matériel photographique utilisé.

Ne pouvant décrire de recette toute faite pour devenir un photographe talentueux à l'issue de la lecture de ce chapitre, je vais m'attacher à vous décrire les principales règles de composition qui ont déjà fait leurs preuves : une fois ces règles connues voire maîtrisées, vous pourrez progressivement les combiner puis les adapter et enfin les transgresser pour trouver votre propre style.

Les principaux facteurs techniques sur lesquels repose la composition d'une image sont les suivants :

Alors commençons par le commencement...

 

Le cadrage

Le cadrage est par définition "la mise en place du sujet dans les limites du cadre de prise de vue".

Cette définition sous-entend qu'il faut :

Tout cela a l'air bien simple lorsqu'il est résumé de cette manière... mais "sur le terrain" il en va autrement!

La définition des limites du cadre

Les limites du cadre sont données en premier lieu le format du capteur et de la longueur de focale d'objectif de votre appareil photo (un capteur au format 24x36 avec un objectif 24mm vous donnera une vue très vaste quand un capteur au format 16x24 attelé à un objectif 200mm vous obtiendra une vue très serrée).

Si vous disposez d'un objectif à focale fixe, vous devrez vous déplacer pour moduler la largeur du cadrage alors que si vous utilisez un zoom vous pourrez moduler ce cadre sans même avoir à vous déplacer.

En second lieu, c'est bien souvent le type de vue que vous pratiquez qui va définir l'orientation du cadrage... et je vais enfoncer une porte ouverte en vous parlant brièvement du cadrage en "paysage" ou en "portrait".

orientation cadrage

Notez toutefois qu'il reste possible de faire des paysages en mode portrait et inversement...

portrait Charentes

 

Enfin, l'ampleur de cadrage dépendra de l'importance que l'on veut donner au sujet ou d'un choix artistique.

Il existe même pour les portraits des noms de cadrage standard :

Du très gros plan au plan moyen, seul le sujet apparaîtra sur l'image. Au-delà, des éléments du décors entreront progressivement dans l'image et il faudra dès lors composer avec pour trouver l'équilibre avec le sujet principal...

Le positionnement du sujet dans le cadre

Force est de constater que certaines "recettes" fonctionnent bien pour obtenir une plus grande probabilité de réaliser une photographie "plaisante" et cela est particulièrement valable pour le positionnement du sujet dans l'image.

Si vous avez parcouru le chapitre sur le boîtier photographique dans cette même section technique, vous avez sûrement pu y croiser la notion de règle des tiers. Il s'agit de la plus connue des règles de composition : elle est intégrée de facto au travers des quadrillages des viseurs des appareils réflex.

La "règle des tiers" repose sur un zonage virtuel de la zone d'image en 9 secteurs : chaque ligne présente sur chaque tiers de l'image est appelée ligne de force et leur croisement est appelé point chaud.

regle des tiers

Pour savoir d'où provient cette règle, il faut une nouvelle fois approcher les mathématiques... et parler de M. Fibonacci et de sa fameuse suite. La suite de Fibonacci se caractérise par l'addition des deux termes précédents, nous y trouvons les nombres suivants : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21,etc...

En représentant chaque terme de la suite par un carré de la largeur de sa valeur et que nous relions ces carrés par des arcs de cercle, nous obtenons une spirale nommée spirale d'or.

suite fibonacci

Et si l'on s'attache à faire le rapport des longueurs entre deux carrés successifs, nous trouverons une approximation du nombre d'or (~1,618) largement utilisé pour l'établissement de proportions harmonieuses et esthétiques que ce soit dans l'architecture (frontons de temples grecs) ou dans la vie courante (dimensions des cartes bleues).

Et si l'on observe plus particulièrement le démarrage de la spirale :

Vous pourrez donc constater que le début de la spirale se trouve approximativement au tiers de la largeur de l'image et plus particulièrement sur un point chaud. Par un simple jeu de symétrie sur cette spirale, vous trouverez donc les 3 autres points chauds...

Chaque ligne de force et point chaud représente une zone où l'oeil va spontanément s'arrêter dans l'image : il y repérera plus facilement un objet ou un détail. C'est précisément pour cette raison que la règle des tiers conseille le positionnement du sujet sur une ligne de force ou un point chaud.

Prenons un exemple avec cette photo prise à la Bourloire Saint Louis à Tourcoing.

Avec règle des tiers

Survolez l'image pour visualiser le quadrillage des lignes de force.

 

Quand vous "lisez" cette photo, votre oeil s'accroche dans un premier temps sur les bourles (cylindres) puis dans un second temps sur le joueur en arrière-plan et enfin il parcourra le reste de l'image.

En survolant cette image avec votre pointeur, vous ferez apparaître le quadrillage des lignes de force : vous vous apercevrez alors que chacun des éléments lus en priorité sont situés sur les points chauds et/ou ligne de force... CQFD!

Une autre utilisation de la règles de tiers consiste à les utiliser pour marquer les différents plans afin de donner de la profondeur à la photographie : on place généralement un "point d'accroche" au premier plan (sur la première ligne de force) puis le sujet au second plan sur la seconde ligne de force.

 

La netteté

La netteté est un élément clé dans la lecture d'une image : c'est en partie elle qui va déterminer l'ordre de lecture des éléments de la composition.

Nous allons spontanément rechercher en priorité les éléments nets dans une photographie. Si l'on reprend l'exemple de la photo de la bourloire ci-dessus : votre oeil a été immédiatement et naturellement attiré par les bourles...

Un nouvel exemple en image avec un motif répétitif issu d'une palette de bouteilles de rhum de la distillerie Damoiseau...

bouteille damoiseau

Cette sélectivité par la netteté est ce qui permet d'amener l'oeil du lecteur directement jusqu'au sujet. Le flou étant aussi suggestif, il peut à bon escient laisser une part d'interprétation et d'imagination au lecteur...

pomme de pin

Bien que la zone nette soit éloignée des lignes de force ou points chauds, votre regard s'est instinctivement posé sur le centre de cette pomme de pin...

 

Les lignes directrices

D'une manière naturelle, nos yeux balayent une image de gauche à droite et de haut en bas... automatisme probablement acquis par la lecture dans le système occidental. Dans un premier temps, les yeux du lecteur balayent donc inconsciemment l'image de cette façon.

Dans un second temps, il existe un moyen de guider le regard du spectateur en utilisant des lignes directrices explicites ou implicites contenues dans l'image. Ces lignes relient bien souvent les sujets primaires et secondaires ou donnent un cheminement à notre regard pour parcourir une photographie. Le recours à ces "supports du regard" suscitent l'intérêt du lecteur et l'aident à comprendre ce que le photographe a souhaité exprimer ou montrer à travers son image.

Prenons une nouvelle fois l'image du jeu de bourles : vous pourrez y constater la présence d'une ligne directrice placée sur l'une des diagonales de l'image et reliant l'ensemble des plans et sujets. C'est elle qui dans un second temps fera parcourir votre regard à travers cette image.

Survolez l'image pourvisualiser la ligne directrice

Vous pouvez aussi créer une ligne directrice et faire perdre le regard du lecteur dans une profondeur "infinie". Notez au passage que la ligne d'horizon est située sur la ligne de force inférieure offrant une large place à un "effet de ciel".

isalnde

Islande, Route n°1 vers le Vatnajökull

Et la ligne directrice n'est pas obligatoirement une droite... Ici le regard "s'enroule" dans l'image pour venir se fixer sur la verrière.

escalier de bramante

Vatican, Escalier de Bramante

 

L'équilibre des masses

L'équilibre des masses consiste à créer une certaine harmonie dans une image par la répartition équilibrée de volumes, densités (zones claires ou sombres) ou couleurs.

Cette "règle" est quasiment incontournable dans les disciplines de photo culinaire & nature morte et régulièrement employée dans la photographie de rue ou de paysage.

Un petit exemple valant mieux qu'un long discours, je vais illustrer le principe avec une photographie prise sur le vif sur la plage de Berck à l'occasion des Rencontres Internationales de Cerf-Volant.

On y voit le sujet au centre l'image, entouré de deux ombres chinoises : on peut remarquer que les contrastes sont très fort et que l'équilibre se joue autant sur les volumes que sur les densités.

Chaque silhouette "équilibre" la photographie autour du sujet : en survolant l'image avec votre pointeur vous y ferez apparaître une réprésentation schématique des masses.

 

Voici la même image "trafiquée" où j'ai fait disparaître un personnage : le rendu n'est plus le même et on a l'impression (à juste titre) qu'il manque quelque chose dans l'image pour combler le vide laissé à gauche... l'équilibre n'est plus assuré.

 

Après cet exemple monochrome, voici une autre illustration d'équilibre combinant les masses et gammes de couleurs. En survolant l'image avec votre pointeur, vous verrez apparaître la schématisation des masses en fonction des couleurs ou tonalités : vous pourrez alors constater le jeu de symétrie axiale ou ponctuelle...

 

Et puisque nous parlons de couleur, ouvrons dès les prochaines lignes le chapitre sur les associations chromatiques.

 

L'association chromatique

Pour bien composer ses images en couleurs, la connaissance du cercle chromatique est un avantage certain.

Le cercle chromatique est une représentation des principales couleurs : il peut comprendre 6 nuances ( 3 couleurs primaires et 3 secondaires) ou 12 nuances ( 3 primaires, 3 secondaires et 6 tertiaires).

cercle chromatique

D'une manière générale, les couleurs primaires (rouge, bleu, jaune) s'accordent difficilement ensemble à cause de leur force.

Les couleurs primaires peuvent facilement être associées à leur couleur secondaire adjacente.

Les couleurs secondaires (violet, vert, orange) peuvent se marier les unes aux autres car plus douces.

Les couleurs complémentaires (celles opposées dans la représentation du cercle, par exemple bleu/orange) peuvent s'associer avec la couleur primaire mais la couleur complémentaire doit préférentiellement être utilisée par "touches" pour éviter une saturation visuelle. Le recours à une couleur complémentaire dans une image majoritairement d'une couleur primaire permet de faire ressortir des détails et d'en renforcer l'impact visuel.

Voici un petit exemple d'association d'une couleur primaire (vert) avec une couleur adjacente (jaune orangé) et une touche de la couleur opposée à la couleur primaire présente dans l'image (rouge).

 

Les autres astuces et conseils de composition

En portrait

Sauf à vouloir créer un effet particulier et maîtrisé dans votre image :

N.B : Un regard tourné vers la gauche donnera plus facilement une atmosphère de tristesse ou de nostalgie à votre image tandis qu'un regard tourné vers la droite sera plus dynamique.

Les petits plus :

Et voici un portrait intrigant d'un personnage en latex grandeur nature, réalisé au 35mm à ouverture 1.4...

Alfred

 

En paysage

 

 

Conclusion

La composition repose sur un ensemble de "règles" qui peuvent être utilisées indépendamment les unes des autres ou bien combinées entre-elles : vous n'aurez probablement pas manqué d'observer dans les exemples présentés l'association de plusieurs facteurs (netteté, ligne directrices, couleurs) qui rendent au final l'image plutôt plaisante.

L'exercice de composition est cependant loin d'être simple... il faut s'exercer longuement et méthodiquement à l'application de chaque "règle" pour que chacune d'entre elle devienne un "automatisme". A chaque fois qu'une règle est maîtrisée vous pourrez affûter votre regard de photographe et vous exercer à la combiner avec une autre pour créer des images de plus en plus "travaillées".

Enfin il ne faut pas perdre de vue que ces règles sont aussi faites pour être transgressées ou parfois ignorées! Des compositions créatives ne répondant pas à ces "standards" pourront être surprenantes et très réussies : à vous de trouver votre propre style...