Les objectifs photographiques

Ce sont les "yeux" de l'appareil photographique : les objectifs forment l'image sur le capteur, contrôlent la quantité de lumière qui entre dans l'appareil photo et déterminent - pour tout ou partie - l'étendue de la prise de vue de par leur angle de champ.

objectifs nikkor

 

D'une manière générale, les objectifs actuels sont composés des éléments suivants:

Cela n'a pas l'air très impressionnant à première vue mais un objectif est un système optique bien plus complexe qu'il n'y paraît... Vous aurez ou pourrez constater des écarts de prix d'un objectif zoom grand public d'une centaine d'euros à un objectif fixe professionnel à plusieurs milliers d'euros : mais au fait, qu'est ce qui justifie le prix d'un objectif?

Je vais ouvrir un large chapitre composé de deux parties pour vous aider à comprendre toutes les subtilités de cet objet et vous aider à choisir l'objectif qui vous conviendra le mieux.

 

Les caractéristiques mécaniques de l'objectif

 

La baïonnette de montage sur l'appareil :

baionnette

Sur les objectifs d'entrée de gamme, elle est en plastique : plus facile à produire donc moins chère... mais peu solide! Un seul choc peut envoyer votre objectif au SAV, voire à la poubelle s'il entraîne une chute de l'objectif avec une mauvaise réception...

 

Le fût :

nikon 24-70

Ici aussi pas de miracle, le plastique est utilisé pour les objectifs d'entrée et de moyenne gamme, le magnésium restant réservé aux séries pros car plus cher et plus dur à travailler. En cas de choc sur le fût, même punition qu'avec la baïonnette en plastique... Soulignons tout de même l'avantage du plastique au toucher lorsqu'il fait froid : vous n'avez pas les mains congelées dès que vous les posez sur l'objectif!

La tropicalisation est aussi bien souvent l'apanage des hauts de gamme... la conception et la mise en place d'un système de protection des lentilles à la poussière et aux éclaboussures ajoute un coût non négligeable à un objectif dont le photographe lambda se passe aisément : quand il pleut, irez vous vraiment faire des photos dehors?

 

Les bagues de mise au point et/ou zoom :

Le plastique c'est fantastique, le caoutchouc super doux : bagues en plastique pour la majorité mais grip caoutchouc pour tous...

Attention à :

 

La motorisation de mise au point :

C'est en général moins cher sans (quoique, Zeiss démontre le contraire mais pour d'autres bonnes raisons) et ce sera plus fiable sur le très long terme. Mais avouons que l'autofocus est bien pratique, d'autant que les nouveaux systèmes sont vraiment très performants...

Une motorisation se doit d'être silencieuse, rapide et précise. Aucun test n'étant produit par la presse spécialisée sur ces critères, vous devrez vous fier à votre ressenti et votre expérience en la matière.

 

Le système de stabilisation de l'image :

VR nikon

Certains constructeurs l'intègrent au niveau du capteur sur le boîtier, d'autres aux lentilles de l'objectif. L'avantage de l'inclure dans l'objectif est la stabilisation de la visée. L'inconvénient c'est le surcoût, multiplié par le nombre d'objectifs de votre parc.

Très pratique voire indispensable pour les longues focales et les macros - bien plus futile et marketing pour les courtes focales- la stabilisation d'image réduit très fortement les flous de bougé lié au photographe lui-même. La parade ultime est le trépied, mais c'est juste un peu plus encombrant...

 

Le diaphragme :

La qualité principale visible du diaphragme est sa circularité, qui dépend en majeure partie du nombre de lamelles métalliques qui le composent. Plus il y a de lamelles, plus l'ouverture du diaphragme sera "ronde" et plus les flous d'arrière-plan de vos photos seront doux et agréables. A contrario, peu de lamelles produira des formes géométriques caractéristiques sur les points lumineux hors de la zone de netteté.

Voici en pratique les effets du nombre de lamelles d'un diaphragme:

AFD50 AFS 50

A gauche une prise de vue avec le Nikkor AFD 50 1.4 équipé d'un diaphragme à 7 lamelles, à droite avec le Nikkor AFS 50 1.4 équipé d'un diaphragme à 9 lamelles.

 

Les caractéristiques optiques de l'objectif

De l'ensemble des éléments optiques qui composent les objectifs photographiques, il en découle la dénomination technique et commerciale de ceux-ci : la position, le type, le traitement, la taille de ces lentilles déterminent directement le type et la qualité de nos objectifs.

Commençons par déchiffrer une dénomination "classique", inscrite sur la plaque signalétique d'un objectif issu de la marque que j'utilise:

plaque AFS35mm

AF-S Nikkor 35mm 1:1.4 G

A l'opposé de cette plaque signalétique, nous trouvons une inscription plus "barbare":

AFS35 verso

Ici, nous rentrons directement dans le "jargon" de la marque, dont vous trouverez facilement la traduction sur le site du constructeur ou des forums spécialisés.

ATTENTION : Certains objectifs sont destinés à n'être utilisés que sur des capteurs de type APS. Ils portent en général une dénomination distinctive. Chez Nikon il s'agit des objectifs "DX". A contrario, les objectifs "standards" peuvent être utilisés sur n'importe quel format de capteur mais avec une "variation de focale".

Dans ce nombre important d'informations qui nous permettent de caractériser cet objectif, je vais me concentrer sur celles qui ont rapport avec le système optique.

La distance focale

Il s'agit de la distance entre le plan sur lequel se forme l'image et le centre optique du système. Cette distance peut être fixe ou variable, dans ce dernier cas nous allons entendre parler de "zoom".

Cette distance focale dépend de l'agencement spatial et du type de lentilles, c'est ce qu'on appelle la formule optique.

coupe olympus

Elle conditionne l'angle de champ embrassé par l'objectif : plus la distance focale est courte plus l'angle de champ est large et plus vous aurez une vision étendue avec un effet d'éloignement. A contrario, plus la focale est longue, plus l'angle de champ sera restreint et plus vous aurez une vue serrée avec un effet de rapprochement.

Il existe une catégorisation des distances focales avec des utilisations de prédilection pour chaque catégorie. Les distances focales sont données pour le format 24x36:

 

Les ultra-grand angles (parfois nommés UGA):

nikkor 14mm

Focales inférieures à 24mm (pour APS-C 16mm). Leur angle de champ est compris entre 84° (24mm) et 114° (14mm). Ils sont principalement utilisés pour les photos de paysage et d'architecture. Ces objectifs accentuent fortement les perspectives et peuvent parfois créer des distorsions importantes de l'image.

 

Les grand angles:

nikkor 35mm

Focales comprises entre 24mm (pour APS-C 16mm) et 50mm (pour APS-C 35mm). Leur angle de champ varie de 46° (50mm) à 84° (24mm). Ils sont le plus souvent utilisés pour le paysage et le reportage "au contact" du sujet. Les perspectives deviennent marquées à partir de 35mm.

 

Les téléobjectifs:

nikkor 300mm

Focales supérieures à 50mm (pour APS-C 35mm). Leur angle de champ est inférieur à 46° (50mm) et peut aller jusqu'à 2,5° (1200mm). On distingue alors les téléobjectifs "courts" utilisés pour le portrait, la macro, la photo de spectacle avec des focales comprises entre 60mm et 200mm. Au delà de 200mm, ce qu'on appelle les longues focales sont utilisées principalement pour la photo de sport, la photo animalière et l'astrophotographie.

 

Et voici en images comment se traduisent les variations de focale :

@ 16mm au Fisheye

Lille 16mm FE

 

@ 14mm

Lille 14mm

 

@24mm

Lille 24mm

 

@ 35mm

Lille 35mm

 

@ 50mm

Lille 50mm

 

@ 70mm

Lille 70mm

 

@ 105mm

Lille 105mm

 

@ 200mm

Lille 200mm

 

@ 340mm

Lille 340mm

Vous pouvez facilement voir :

Au niveau du cadrage, voici un résumé en une image de ce qui se passe entre 14mm et 200mm.

All in one

 

L'influence de la taille du capteur sur la "focale" des objectifs.

La focale des objectifs est donnée pour l'utilisation sur un capteur au format 24x36. Lorsque vous utilisez un boîter avec capteur de taille différente, il faut multiplier la focale nominale de l'objectif par le même facteur multiplicateur pour obtenir l'équivalence avec le 24x36:

Par exemple: un objectif 200mm sur un boîtier équipé d'un capteur APS-C (16x24mm) devient l'équivalent d'un objectif 300mm : le facteur de multiplication pour passer du format 16x24 à 24x36 est de 1,5 et 200 x 1,5 = 300.

Pour être clair, il ne s'agit pas d'une variation de focale (car aucune caractéristique de l'objectif n'est modifiée) mais d'une variation de la taille de l'image générée par rapport à la taille du capteur...

 

L'ouverture

Voici un vaste sujet qui donne du fil à retordre aux néophytes! Le concept en lui-même est assez simple mais les dénominations variées et le lien étroit avec une autre notion appelée la "profondeur de champ" vont embrumer quelques esprits...

Pour apprivoiser ce sujet, il n'y a qu'une seule méthode :

  1. comprendre comment est calculée l'ouverture,
  2. connaître le vocabulaire et effets sur le bout des doigts

Si vous avez mal à la tête où que vous êtes fatigués, je vous conseille de revenir plus tard ou d'aller directement au résumé... pour les autres, c'est parti!

Nous parlons de l'indice de valeur d'ouverture d'un objectif pour caractériser la quantité de lumière que laisse passer cet objectif. Cette notion est normalisée et s'applique de la même manière à l'ensemble des objectifs : il s'agit du rapport entre la focale de l'objectif et le diamètre maximal du diaphragme, selon la formule suivante:

f = F / D

Exemple : un objectif dont la focale est de 50mm et dont le diamètre maximal du diaphragme est de 25mm a un indice d'ouverture de 2 ( f = 50 / 25 ).

Pour désigner l'indice d'ouverture de cet objectif, on peut le noter deux deux manières:

Vous aurez certainement remarqué que plus le diamètre du diaphragme est grand, plus l'objectif laisse passer de lumière et plus le nombre f est petit. Et c'est maintenant que les choses risquent de commencer à se mélanger:

Vous suivez toujours?... mais des questions vous taraudent? Je vais essayer d'anticiper les plus courantes et d'y répondre le plus simplement possible.

 

Pourquoi les indices d'ouvertures varient si bizarrement?

Vous avez à coup sûr remarqué sur votre objectif ou dans le viseur de votre boîtier que les valeurs d'ouverture variaient de manière presque "illogique" : f/1.4, f/2, f/2.8, f/4, f/5.6, f/8, f/11, f/16, etc...

En fait tout est logique. A chaque valeur de diaphragme et pour des raisons pratiques de calcul d'exposition, la quantité de lumière que laisse passer l'objectif est divisée ou multipliée par deux.

La progression "particulière" des indices d'ouverture réside dans le fait que le diaphragme de l'objectif est circulaire : la lumière que le diaphragme laisse passer est proportionnelle à sa surface, dont la relation mathématique est la suivante:

s = Pi x r²

En remplaçant l'utilisation du rayon par celle du diamètre de l'ouverture :

r = d / 2,

la relation devient :

s = Pi x (d/2)²

s = Pi x d² / 4

s = 0,785 x d²

Si l'on veut doubler la surface de cette ouverture, prenons cette nouvelle formule :

S = 0,785 x D²

Pour doubler la surface de "s", la relation entre "s" et "S" est

S = 2 x s

soit

0,785 x D² = 2 x 0,785 x d²

en simplifiant :

D² = 2 x d²

D = sqrt(2) x d

sqrt(2) étant la racine carrée de 2, équivalant à environ 1,414

Donc pour doubler la surface d'une ouverture circulaire, il ne faut pas doubler le diamètre mais le multiplier par la racine carrée de 2.

Et tout devient limpide car c'est ce qui explique la progression "bizarre" des ouvertures : si votre objectif est ouvert à 1:1.4, en voulant diviser par deux la quantité de lumière il faut multiplier 1,4 par 1,414 qui nous donne environ 2 (aux approximations près). Votre ouverture est donc passée à 1:2. Et en poursuivant : 2 x 1,414 = 2,8 pour une ouverture 1:2.8, etc...

 

Pourquoi faire entrer la focale de l'objectif dans la formule de calcul de l'ouverture?

La réponse s'obtient avec la loi du carré inverse : ça vous dit quelque chose ? Si oui, c'est que vous avez une très bonne culture en physique ou que vous êtes passé par la section "Technique Lumière"! Comme énoncé quelques lignes précédemment, la distance focale est la distance entre le plan de formation de l'image (le capteur de l'appareil) et le centre optique de l'objectif: plus cette distance est longue et plus l'intensité du flux lumineux qui va frapper le capteur va décroître. Par conséquent à indice d'ouverture égal, il faudra faire entrer plus de lumière dans un téléobjectif que dans un grand angle... et pour cela pas de miracle il faudra de plus grosses lentilles avec un indice de transmission le plus élevé possible.

Et tout devient logique encore une fois! Plus un objectif a une longue focale pour un même indice d'ouverture, plus son diamètre sera important. Ci-dessous deux objectifs Nikkor à ouverture 1:2.8 : au premier plan un 300mm, au second un 400mm.

nikkor 300mm 400mm

 

Concrètement, quelles sont les influences de l'ouverture sur la prise de vue?

Les conséquences de l'ouverture du diaphragme sont multiples, mais voici les deux effets principaux recherchés :

A partir de ces lignes, je vais avoir le plaisir de vous présenter l'autre concept "perturbant" de la photographie : la profondeur de champ.

Ce que l'on appelle la profondeur de champ est la zone de netteté en avant et en arrière de la zone de mise au point.

Elle est déterminée par plusieurs éléments :

Allez, encore un peu de maths... pour le calcul de l'hyperfocale :

H = F² / (f x e x 1000)

 

...et le calcul du diamètre du cercle de confusion selon la formule de Zeiss :

e = 1 / 1730 * sqrt ( l² + L²)

n.b : sqrt ( l² + L²) correspond à la diagonale du capteur (par le théorème de Pythagore)

 

... et des distances des Premier Plan Net et Dernier Plan Net :

PPN = (H x d) / (H + d)

DPN = (H x d) / (H - d)

Pour vous simplifier la vie utilisez le tableur de calcul de profondeur de champ

Et pour comprendre, rien de mieux que quelques exemples illustrés, valables pour un appareil équipé d'un capteur 24x36mm et d'un objectif 50mm 1:1.4 avec une mise au point fixée à 10m :

à f/2

PDC 2,8

à f/8

PDC f8

à f/16

PDC f16

 

Le résumé de tout ce qui a trait à l'ouverture :

- plus le diaphragme est ouvert et plus l'indice f est petit.

- plus l'ouverture est grande et plus la profondeur de champ est réduite, c'est à dire plus la zone de netteté sera restreinte.

- plus vous êtes près du sujet (donc plus la mise au point est proche) et plus la profondeur de champ sera réduite.

En bref, si vous utilisez votre objectif 50mm avec une (grande) ouverture f/1,4 à la plus courte distance de mise au point possible de l'objectif (0,45m) la zone de netteté sera de seulement 3mm avant et 3mm après la zone de mise au point... Gare à la photo floue!

A l'inverse, si vous utilisez le même matériel avec une (petite) ouverture f/16 avec une mise au point à l'hyperfocale (6,25m), la zone netteté s'étendra de 3,12 m devant vous jusqu'à l'infini.

Pour l'utilisation des paramètres d'ouverture en pratique, rendez-vous au chapitre "prise de vue"

 

 

Les défauts optiques des objectifs

Malgré les efforts acharnés de l'ensemble des acteurs oeuvrant pour la composition des verres de lentilles, leur mise en forme, leur assemblage, leur agencement dans la formule optique, les objectifs ont des défauts qui se répercutent sur nos images...

Parmi ceux-ci nous pouvons trouver les plus célèbres :

Passons les en revue, un par un...

 

La déformation :

La déformation comme son nom l'indique est la distortion de l'image renvoyée par l'objectif sur le capteur. Si elle et bien maîtrisée sur les focales fixes, il en va différemment pour les zooms... Ceux-ci s'appuyant sur des mouvements internes de nombreuses lentilles, les variations de position ne peuvent pas être compensées et induisent donc d'inévitables déformations.

On parle tantôt de déformation en coussinet ou en barillet que l'on mesure sur des mires composées de lignes parallèles à chaque focale de l'objectif. Afin d'apporter de la lisibilité, les défauts sont exagérés. Pour l'exemple, le test pour le Nikkor 18-140mm 1:3.5-5.6 avec une amplification des défauts x5. En haut à gauche une déformation en coussinet, les autres déformations sont appelées "en barillet".

deformation nikkor 18-140

Ces défauts "simples" ne sont perceptibles que dans certaines conditions et sont facilement corrigés par les logiciels de traitement d'image. Des défauts plus complexes appelés "en moustaches" sont plus délicats à corriger par voie logicielle mais ne concernent bien souvent que les Ultra Grand Angles.

deformation moustache

 

Certaines déformations sont volontaires et utilisées à but artistique, par exemple l'objectif Fish-Eye.

deformation fisheye

 

 

Le flare et les images fantômes

Si les défauts de déformation sont faciles à corriger par voie logicielle, ces derniers défauts optiques le sont peu ou pas et représentent le plus souvent une menace pour la qualité de nos photos...

Il s'agit de réflexions parasites internes à l'objectif lorsqu'une ou plusieurs sources lumineuses se trouvent rapprochées de l'axe optique : pour faire simple lorsque vous photographiez en contre-jour du soleil c'est le phénomène qui crée le halo sur l'image.

flare

Le flare provoque une perte de contraste (visible sur le côté droit du cerf-volant de droite) et des taches lumineuses (visibles à gauche de l'image). La qualité du verre avec un transmittance élevée et les traitements anti-reflet appliqués aux surfaces des lentilles permettent de réduire ce phénomène.

 

Les aberrations chromatiques

Les aberrations chromatiques sont des franges colorées qui apparaissent sur les contours de objets photographiés : ces aberrations sont créées par la séparation des longueurs d'ondes sur les lentilles. Elles apparaissent plus volontiers sur les objectifs avec des lentilles fortement courbées comme les UGA et Fish-Eye.

Voici en images ce qu'est l'aberration chromatique sur une photo du château de Guédelon prise au fish-eye et "défishée":

chateau Jargeau

 

Nous allons zoomer très fortement sur la partie droite, au niveau des arbres à côté de la tour et voir apparaître ce défaut:

aberrration chromatique

 

Et avec une simple correction automatique proposée par les logiciels de traitement d'image:

aberration chromatique corrigee

Ce défaut entraîne une perte de netteté et de détail des zones touchées mais se corrige très facilement avec les logiciels les plus courants comme vous venez de le voir sur l'exemple ci-dessus.

 

Le vignettage

Il s'agit de l'assombrissement des bords de l'image. C'est la conséquence directe de l'utilisation d'un objectif de forme cylindrique pour produire une image rectangulaire. Ce défaut se corrige facilement, par voie logicielle et bien souvent les boîtiers le corrigent dès l'enregistrement des images.

vignettage

Le vignettage se remarque le plus aux grandes ouvertures de l'objectif. Dès que l'on ferme le diaphragme de quelques "crans", le vignettage disparait. Et bien souvent, on en rajoute au post-traitement pour créer des effets artistiques... un comble!

 

Le manque de "piqué"

Cette notion de "piqué" désigne la restitution des détails les plus fins d'une scène photographiée. L'image ci-dessous est caractérisée par un excellent piqué : on peut y voir la texture de la peau de cet anoli.

anoli

Toutefois, cette notion de "piqué" est purement subjective car elle dépend de nombreux facteurs, et notamment de l'acuité visuelle de l'observateur !

Le capteur de l'appareil photographique imposera aussi sa limite par la résolution du capteur, la présence ou non de filtres anti-moiré, la qualité du traitement du signal.

L'objectif étant le premier maillon de la chaîne, c'est lui qui aura tendance à brider les performances de "piqué". On peut tout de même traduire cette notion par une valeur scientifique qui est le pouvoir séparateur.

Le pouvoir séparateur d'un objectif est la capacité à pouvoir faire distinguer un nombre de lignes normées par millimètre d'image à un capteur. Cette mesure s'effectue en laboratoire dans des conditions contrôlées avec une mire ISO 12 233 (image ci-dessous).

mire ISO 12233

Le résultat donné est une valeur selon un référentiel MTF20 ou MTF50 qui correspond à la méthodologie de traitement du contraste appliqué après la prise de vue. Plus la valeur du pouvoir séparateur est élevée, plus l'objectif aura une résolution élevée et plus il y aura de "piqué". Vous pourrez trouver une fabuleuse base de données sur les objectifs sur le site de DXO Mark à l'adresse suivante http://www.dxomark.com/

 

Parmi les facteurs d'influence de la résolution, beaucoup dépendent du fabricant du matériel :

Un autre paramètre faisant varier plus encore la résolution est l'ouverture du diaphragme : les performances de résolution ne sont pas les meilleures à pleine ouverture, ni au delà d'une certaine ouverture à cause du phénomène de diffraction.

Ce qui reste invariable, c'est que la résolution d'un objectif est toujours meilleure au centre que sur les bords (car les rayons lumineux sont moins déviés au centre).

Pour illustrer cette notion de "piqué", voici un petit exemple réalisé avec deux objectifs sur un Nikon D700 :

Les deux photos ont été prise à f/1,4 (l'ouverture la moins favorable), avec une mise au point sur le panneau. Les réglages du boîtier sont identiques et il n'y a pas de post-traitement. A gauche la photo complète, à droite un crop (très fort zoom) sur le panneau.

AF-S 50mm @ 1.4

AFS 50 @ 1.4 crop AFS 50 @1.4

AF-D 50mm @ 1.4

AFD 50 @ 1.4 crop AFD 50  @1.4

 

Vous pourrez constater dans ce cas que sur les photos d'ensemble la différence n'est pas flagrante, je vous l'accorde. Quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que les inscriptions sur le panneau semblent diluées dans une sorte de "brouillard" et qu'au final le rendu est moins net : l'AF-D a un moins bonne résolution et donne une image avec moins de "piqué". Pour ceux qui ont un regard un peu plus exercé, ce phénomène est aussi visible sur les briques en haut à gauche de la photo d'ensemble. Malheureusement, il n'est pas possible de compenser le manque de résolution d'un objectif par un post-traitement plus poussé...

Vous pourrez peut-être aussi voir (en fonction de la qualité de votre écran) que les couleurs sont plus soutenues avec l'AF-S: ceci est dû au meilleur contraste obtenu par une qualité de verre supérieure et de nouveaux traitements anti-reflets.

Mais faut-il toujours chercher la meilleure résolution pour faire de meilleures photos? Des fois oui, des fois non...

Pour un portraitiste, c'est à double tranchant : le piqué va révéler le moindres imperfections de peau du modèle... et l'absence de piqué risque de rendre les photos "molles" et sans impact, le regard du modèle perdra de sa force et les textures perdront leur intérêt. Tout est question de style et de l'effet recherché. David Hamilton a fondé son oeuvre sur un léger flou qui donne un aspect onirique à ses photos!

Pour un paysagiste, le piqué est une qualité très recherchée : quoi de plus beau qu'une photo d'un endroit magnifique qui fourmille de détails ?

Pour le macrophotographe, c'est incontournable!

Vous l'aurez compris, tout est affaire de style... et de moyens car les (très) bons objectifs ont un certain prix et un prix certain.

 

Le front focus ou le back focus

Il s'agit de la conséquence des tolérances de fabrication et d'assemblage de l'ensemble des composants d'un objectif. Cela se traduit par un décalage de la zone de mise au point initialement souhaitée.

En cas de front focus, la mise au point réelle sera avant le point choisi. Par exemple et en exagérant, si vous faites la mise au point sur les yeux d'un modèle sur la photo prise, ce sera le bout du nez qui sera le plus net.

Pour le back focus, la mise au point sera après le point choisi. Dans le cas cité précédemment, ce seront les oreilles du modèle qui seront les plus nettes.

Ce défaut est surtout gênant sur les objectifs à grande ouverture (inférieur à 1:2,8) ou macro car ils génèrent des profondeurs de champ très courtes et plus encore lorsqu'il sont utilisés sur des boîtiers munis de grands capteurs.

Désormais il est possible de corriger par soi-même ces éventuels défauts : le réglage fin de la mise au point est de plus en plus souvent proposée dans les menus de nos boîtiers et il facilement réalisable avec l'utilisation d'une mire de type Datacolor LensCal (photo ci-dessous) et d'un trépied.

datacolor lenscal

 

 

Les objectifs spéciaux et "dédiés" :

 

Le "fisheye"

nikkor fisheye

Il donne une image avec un angle de champ diagonal de 180° avec une déformation circulaire caractéristique. Son utilisation est avant tout à but artistique et créatif, ce qui rend par conséquent son coût un peu prohibitif...

Les objectifs à bascule et décentrement

nikkor PCE

Ces objectifs disposent d'un système de réglage permettant de modifier le plan sur lequel se forme l'image. Cela permet de redresser des perspectives ou de modifier le plan de netteté. Ils sont avant tout destinés à la photo d'architecture. Leur prix élevé (~2000 €), utilisation très spécifique, complexité d'utilisation (tout est manuel) les rendent élitistes...

 

Les objectifs "macro"

nikkormacro

Ces objectifs ont une caractéristique bien précise : ils envoient une image avec un grandissement de 1, c'est à dire que si vous photographiez un objet mesurant 6mm, l'image formée sur le capteur mesurera aussi 6mm. Si vous imprimez cette photo au format A4, le sujet mesurera environ 5cm sur l'image. Pas mal, non?

 

Le 85mm (éq. 50mm APS-C)

nikkor 85mm

C'est le "must" pour la photo de portrait. Vous ne le trouverez qu'avec de "grandes" ouvertures (1:1,4 à 1:1,8). Il permet d'avoir de très jolis flous, une zone de netteté restreinte et quasiment pas de déformation.

 

Les objectifs catadioptriques

samyang 800mm catadioptrique

Leur spécificité réside dans leur compacité par rapport à leur focale : ils proposent des longueurs focales de plusieurs centaines de millimètres pour des encombrements équivalents à des objectifs de focale type 85mm 1:1.4. Ci-dessus la photo d'un Samyang 800mm.

Le principe optique repose sur l'utilisation d'un miroir interne. Attaché sur un appareil photo, on reconnait aisément ces objectifs car ils disposent d'une zone pleine au milieu de la lentille frontale. Cette particularité se traduit par des flous d'arrière-plan spéciaux : les points lumineux ne sont plus des taches de lumière rondes, ils deviennent des anneaux de lumière... Effet artistique garanti.

bokeh catadioptrique

 

 

Les compléments optiques

Les téléconvertisseurs

teleconvertisseurs nikon

Les téléconvertisseurs sont des groupes de lentilles additionnelles qui viennent se monter entre l'objectif et le boîtier. Ils sont utilisés pour allonger la focale d'un objectif notamment pour la photo de sport et/ou animalière. Leur "puissance" est définie par un coefficient multiplicateur.

Chez Nikon il existe des coefficients x 1,4 , x 1,7 ou x 2.

Avec cet accessoire, une focale 200mm peut se transformer en 400mm!

Magique me direz vous et pour le prix de l'accessoire, on peut transformer un objectif 200mm 1:2,8 en 400mm 1:2,8 ? Et bien non, ce serait trop beau ! Alors pour enfoncer le clou : comme démontré plus haut dans cette page, l'indice d'ouverture est tributaire du diamètre du diaphragme et de la longueur focale. Comme le diamètre du diaphragme ne change pas, si vous multipliez la focale par deux, vous multiplierez aussi par 2 votre indice d'ouverture. Votre 200mm 1:2,8 va se transformer en 400mm 1:5,6 et c'est la que les choses se gâtent. Vous allez augmenter votre focale, en diminuant la quantité de lumière qui atteint le capteur : le risque de flou de bougé va augmenter. Pour compenser, il faudra probablement augmenter la sensibilité du capteur et de ce fait le bruit numérique va aussi augmenter. La résolution du capteur va inévitablement diminuer. Et si l'on rajoute à ça que l'addition de lentilles supplémentaires à l'objectif va réduire un peu le piqué, vous comprendrez que nous serons bien loins de la qualité d'image que peut délivrer un 400mm 1:2,8!

Vous avez peut être pris peur quant à la qualité d'image délivrée par l'ajout de ce complément optique ? Je vais vous rassurer : les photos produites sont extrêmement correctes ! J'en veux pour preuve que la photo d'exemple sur les variations de focales ci-dessus prise à 340mm est issue d'un AF-S 200mm attelé à un téléconvertisseur x 1,7. Vous avez vu la quantité de détails dans l'image?!

ATTENTION : ces compléments optiques ne peuvent pas se monter sur toutes les optiques! Vérifiez la compatibilité de votre objectif avec l'utilisation de téléconvertisseurs. Les informations sont bien souvent disponibles dans la notice de l'objectif ou sur le site du contructeur de votre matériel. A défaut, vous pouvez vous adresser aux membres de forums spécialisés.

 

Les bagues-allonges et soufflets

bague allonge soufflet

Ces dispositifs qui s'insérent entre l'objectif et le boîtier ne comportent aucune lentille. Ils servent à augmenter le grandissement de l'objectif pour une utilisation en macrophotographie : en décalant le plan initial de mise au point de l'objectif, ils le rendent en quelque sorte myope. Par conséquent (et comme tous les myopes), il faut s'approcher plus près du sujet pour le voir net. Et comme le sujet est plus près, il appraît plus gros.

 

 

Les bonnettes

bonnettes

Les bonnettes sont des lentilles grossissantes qui se vissent devant la lentille frontale de l'objectif. Elles agissent comme des lunettes pour les personnes myopes : leur puissance est indiquée en dioptries, ells permettent de s'approcher plus du sujet et donc de le voir plus gros.

Leur coût est très modique mais leur performance reste malgré tout très limitée (perte de lumière et de piqué, déformations).

 

Les accessoires

Les parasoleils

parasoleil

Le parasoleil a pour but initial de réduire l'apparition du flare dans l'objectif en le protégeant au maximum des rayons incidents hors du champ couvert par l'objectif.

Je ne saurais trop vous conseiller que de le laisser à demeure sur votre objectif, d'autant que celui-ci assure en même temps une première protection mécanique contre un éventuel choc. Il vaut mieux remplacer un parasoleil en plastique à 20 € que la lentille frontale de votre objectif!

 

Conclusion

Si vous avez eu le courage et la patience de lire tout cet article, vous aurez compris qu'en terme d'optiques, il n'y a pas de miracle : un objectif qui délivrera des images de très bonne qualité sera obligatoirement cher (sauf arnaque bien entendu).

Dans le facteurs clés du prix, on peut placer en numéro 1 l 'ouverture de l'objectif : c'est elle qui conditionne la taille des lentilles.

A ouverture identique, plus la focale sera longue et plus le prix sera élevé...

Et si vous souhaitez des performances optiques de haut vol, la qualité du verre et les traitements des lentilles ne feront qu'alourdir la facture...

Un zoom nécessitera un travail plus poussé au niveau de la mécanique pour assurer le mouvement et le positionnement précis des groupes de lentilles. Il incluera aussi des lentilles avec des formes parfois particulières pour contrecarrer les déformations liées aux déplacements des lentilles. Tout cela a bien évidemment un coût que vous ne manquerez pas de constater... Et si le zoom que vous convoitez dispose d'une ouverture constante sur l'ensemble de la plage de focales, il faudra vous préparer à casser la tirelire.

Une focale fixe aura des performances optiques supérieures aux zooms et bien souvent une plus grande ouverture pour un prix inférieur. La contrepartie sera d'avoir une plus grande mobilité ou de renoncer à la photo pour laquelle vous aviez une idée initiale et de vous concentrer sur un autre point de vue, peut-être même bien plus original...

Pour choisir votre objectif, comme pour le boîtier, posez vous la question de ce que vous allez réellement en faire. Utilisation sédentaire/nomade, occasionnelle/quotidienne, à usage familial/professionnel? Posez vous aussi la question de savoir si vous vous comptez garder vos optiques sur le long terme : les objectifs pour les formats de capteurs APS sont moins onéreux à l'achat mais si vous décidez de changer de boîtier pour passer au format 24x36, toutes vos optiques DX finiront sur le bon coin avec un prix cassé... et il faudra tout racheter!

Dans tous les cas, n'oubliez pas que l'objectif est la première chose que rencontre la lumière qui va composer votre photographie... Si cet objectif n'est pas "à la hauteur", il ne sert pas à grand chose d'avoir un boîtier ultra-onéreux avec une définition démentielle... De plus les boîtiers se déprécient très rapidement sous l'influence du marketing, l'investissement dans un bon parc optique sera une bien meilleure option quitte à acheter le boîtier de vos rêves d'occasion le moment venu.